lundi 9 mars 2015

Pas d'internet?

« La technopédagogie, les devoirs en ligne, les travaux collaboratifs, c’est bien beau tout ça, mais tu fais quoi avec les élèves qui n’ont pas internet à la maison? ».

Je ne suis sans doute pas la seule à m’être fait poser cette question. Ce n’est pas un ou deux élèves qui n’ont pas accès à la technologie à la maison qui vont m’arrêter, au contraire! Si l’école est le seul endroit où ils peuvent être connectés, raison de plus pour les y initier. Ça demande d’aménager un peu l’horaire, de leur donner accès à un ordinateur pour faire à l’école ce qu’ils ne peuvent faire à la maison. En fait, ce n’est pas beaucoup plus compliqué, mais, je dois avouer que ça me dérange qu’en 2015, des familles ne soient pas connectées au web; ça me chamboule quand un papa d'élève m'écrit "pour ma part, je me désintéresse des médias sociaux numériques"; ça me soulage quand je le convaincs dans l'heure qui suit (après tout, son enfant grandira dans un monde numérique).

Je sais qu’il y a des gens qui n’ont pratiquement rien à se mettre sous la dent, je suis aussi pleinement (trop!) consciente que tous les enfants ne voient pas leurs besoins de base comblés. Et les récalcitrants se feront un plaisir de me brandir la pyramide de Maslow sous les yeux, comme si je n’étais pas frappée moi-même par l’évidence que ces enfants (trop! j’insiste!) manquent de l’essentiel. Voilà peut-être l’idée qu’ils se font de ma vision des choses.

Ce qu’ils n’ont pas compris, ces détracteurs/ennemis du dangereux web, c’est qu'il est bien de relever la tête et de regarder plus loin, plus haut. Eh bien, eh bien, qui se cachent donc dans cette jolie pyramide? Les réseaux sociaux y sont représentés comme une façon d’atteindre les paliers supérieurs (appartenance, estime, accomplissement). 

Parce que oui, internet, ça permet aussi ça. En fait, ça devrait être le but premier d’un utilisateur du web. Attention! Je sais que de battre le beau-frère à Candy Crush augmente l’estime personnelle de certains et que les « j’aime » sur un selfie peuvent donner une impression d’accomplissement à d’autres, mais ce n’est pas de ça dont je parle. 

Non, je parle ici d'école, d'apprentissage, de pédagogie. Je fais référence à M, qui a un tempérament de vedette et qui, pour une fois, est contente de mettre de l’énergie à corriger un texte car elle sait que celui-ci sera publié en ligne. Je me rappelle de sous-groupes qui ont travaillé plus de trente minutes sur un tweet (une seule phrase) et qui l’ont publié les yeux remplis de fierté. Je pense à la petite Zoé, une élève de deuxième année que l’on n’a jamais vue « en vrai » mais que l’on suit sur Facebook pour l’encourager à combattre son cancer. Je relis le message de grand-papa B qui a pris le temps de m’envoyer un courriel pour me dire : « mon petit-fils était très fier de me montrer le site internet de son professeur ». Je m’inquiète aussi pour L qui m’écrit un courriel la veille de Noël pour me confier que ses parents se chicanent fort et qu’elle s’ennuie de nous (la classe). Je ris encore en voyant mes 4 moineaux se déguiser en personnage de roman dans le cadre du projet Écouter lire le monde. On est connectés, tissés serrés dans la toile du web.

Tout ça me permet personnellement et professionnellement d’aspirer au sommet de la pyramide et d’y amener mes élèves avec moi. L’appartenance, l’estime de soi, l’accomplissement… les enfants qui manquent de la base sont parfois assez loin de ces paliers, ils gardent la tête basse, les yeux baissés. Il faut leur faire savoir qu’ils y ont accès eux aussi. La technologie n’est heureusement pas la seule façon d’y parvenir, mais c’est une des seules qui soit transférables, directement à la maison, à condition que la dite-maison ait aussi une connexion*.

Sur ce, je vais aller cuisiner un bon gâteau avec mes filles et jouer à un jeu de société. Pas trop d’écrans chez nous, c’est la règle!!!

* Encore une fois, la base reste essentielle et quand la famille peine à la stabiliser, ce doit être là la priorité de toute personne qui gravite autour de l’enfant.

3 commentaires:

  1. Toujours inspirant de te lire Julie !!

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  2. J'aime bien le parallèle que tu fais entre Maslow et l'atteinte de l'estime de soi et de la réalisation de soi par la technologie! Il y a beaucoup de vrai, à l'aire numérique, dans ce que tu écris!!

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  3. Que de vérités dans ce billet! Que de passion aussi! Tu m'inspires!

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